Au début d’un pōwhiri, la cérémonie d’accueil maorie, un guerrier s’avance parfois vers les visiteurs, une arme de bois à la main, les yeux écarquillés, la langue tirée. Il dépose au sol un petit objet, souvent une branche ou une feuille de fougère, puis recule. Le représentant des visiteurs doit le ramasser sans quitter le guerrier des yeux : il signifie ainsi que son groupe vient en paix. À Rotorua, où ce défi est rejoué chaque soir devant des touristes, beaucoup le regardent comme un numéro de spectacle. Le comprendre change la manière de le vivre.
Le pōwhiri suit un ordre, et chaque étape a un sens
La cérémonie complète se tient sur un marae, l’espace communautaire d’une tribu, avec sa place découverte et sa maison de réunion sculptée, le wharenui. Les versions présentées aux visiteurs à Rotorua en reprennent les principales étapes sous une forme raccourcie. Dans sa version complète, elle se déroule ainsi :
- le défi (wero), lorsqu’il a lieu, devant l’entrée ;
- l’appel chanté (karanga), lancé par une femme du groupe hôte, auquel répond une femme du groupe visiteur ;
- les discours des orateurs (whaikōrero), suivis chacun d’un chant ;
- le don (koha), autrefois de la nourriture, aujourd’hui le plus souvent une somme d’argent ;
- les salutations individuelles, puis le repas.
Dans les spectacles, un visiteur est désigné chef du groupe : c’est lui qui relève le défi. Le repas final n’a rien d’un buffet de fin de soirée. Partager la nourriture lève le tapu, cet état sacré et soumis à restrictions qui entoure les visiteurs tant qu’ils n’ont pas été pleinement accueillis. On évite donc de partir avant, et l’on ne grignote pas pendant les discours.
Hongi, ou le souffle partagé
Le hongi consiste à presser doucement son nez et son front contre ceux de son hôte, en général en lui serrant la main. Le geste renvoie au hā, le souffle de vie. En le partageant, le visiteur cesse d’être tout à fait un étranger, un manuhiri, pour devenir le temps de sa visite l’un des gens du lieu, les tangata whenua.
La pratique varie selon les tribus : certaines pressent une fois, d’autres deux. Dans le doute, on laisse l’hôte mener. On presse, on ne frotte pas, et l’on ne transforme pas le geste en bise ou en accolade. Pendant la pandémie de Covid-19, de nombreux marae l’avaient suspendu au profit d’un salut à distance ; ne soyez donc pas surpris si l’on vous tend simplement la main.
Le haka ne se résume pas aux All Blacks
Pour la plupart des Européens, le haka est ce que font les All Blacks avant le coup d’envoi. Le plus connu, Ka Mate, a été composé vers 1820 par Te Rauparaha, chef de l’iwi Ngāti Toa. Il ne célèbre pas une victoire mais une survie : poursuivi par ses ennemis, le chef se serait caché dans une fosse à kūmara, et les premiers mots du chant, « Ka mate, ka mate ! Ka ora, ka ora ! », opposent la mort et la vie. Depuis 2014, une loi reconnaît officiellement l’attribution de ce haka à Te Rauparaha et à Ngāti Toa.
Il existe pourtant une multitude d’autres haka, composés pour accueillir des hôtes, honorer un mort lors de funérailles, saluer un diplômé ou défier un adversaire, et les femmes en exécutent aussi. Si l’on vous invite à en apprendre quelques gestes, comme c’est fréquent à Rotorua, prenez l’exercice au sérieux : la parodie, dans un bar ou pour une photo, est très mal perçue.
Un hāngi cuit sous la terre, ou dans la vapeur du sol
Le hāngi est d’abord une technique. On chauffe des pierres dans un feu de bois, on les dépose au fond d’une fosse, on y installe des paniers de viande, de kūmara (la patate douce), de pommes de terre et de courge, puis l’on recouvre de linges humides et de terre. Quelques heures plus tard, tout ressort tendre, avec un goût légèrement fumé. Le repas servi après les spectacles du soir en est souvent une version adaptée aux grands groupes.
À Rotorua, la géothermie offre une variante. Dans le village de Whakarewarewa, où vivent des familles des Tūhourangi Ngāti Wāhiao, on cuit encore une partie des aliments dans des caissons chauffés par la vapeur naturelle, ou directement dans les sources. Ce n’est pas une reconstitution : ces familles habitent là, entre les fumerolles, et la visite se fait chez elles.
À Te Puia, prenez le temps de regarder travailler les sculpteurs
Te Puia, voisin du village dans la même vallée, attire d’abord pour Pōhutu, le plus grand geyser actif de l’hémisphère Sud, qui jaillit plusieurs fois par jour. Le site abrite aussi le New Zealand Māori Arts and Crafts Institute, où se forment des sculpteurs sur bois, des tailleurs de pierre et de jade, des tisserands. Regarder un apprenti dégrossir un panneau de bois en apprend davantage que la boutique de souvenirs.
Rotorua figure pour ces raisons dans la plupart des itinéraires à travers l’île du Nord. Le road trip à moto en Nouvelle-Zélande proposé par West Forever y fait étape après Hobbiton, avec un spectacle maori au programme. Que l’on arrive en Harley-Davidson ou en autocar, la soirée se vit autrement quand on sait ce que signifie la branche déposée au sol par le guerrier.
Les maladresses qui froissent sans qu’on s’en aperçoive
La tête est la partie la plus tapu du corps : on évite de toucher celle de quelqu’un, y compris d’un enfant. Les tables sont associées à la nourriture ; on ne s’y assoit pas et l’on n’y pose pas son chapeau. Dans un wharenui, on se déchausse à l’entrée et l’on demande avant de photographier l’intérieur. Quant au tā moko, le tatouage traditionnel, il dit la généalogie de celui qui le porte : on ne le photographie pas sans demander, et l’on n’en copie pas les motifs pour le simple plaisir des yeux.
Le meilleur investissement avant d’arriver tient en dix minutes : apprendre à prononcer quelques noms. En te reo māori, langue officielle du pays depuis 1987, le « wh » se dit le plus souvent comme un « f », et toutes les voyelles se prononcent. Whakarewarewa devient à peu près « fa-ka-ré-oua-ré-oua », et un « kia ora » bien placé, qui sert à saluer comme à remercier, est toujours bien reçu.



